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" QUELLE PLACE POUR LES FEMMES DANS LE MONDE ET QUELLES AMBITIONS ? "
Mercredi 14 décembre 2011, à Besançon.
Synthèse
Une femme dans un sport masculin : des modes de socialisation particuliers
Généralement, les femmes qui choisissent de pratiquer un sport "masculin" ont un parcours de vie
similaire : elles ont hérité d'une
identité sexuée inversée
au cours de leur socialisation primaire
(identification au sexe masculin, choisi comme modèle) ou ont baigné très tôt dans un
environnement
propice à ce type de pratique (ont été emmenées au judo par leur père, ont suivi
leur frère, etc.). La prise en compte des caractéristiques de ce public particulier est indispensable si
l'on souhaite développer la pratique féminine. A noter cependant que selon les modes de
socialisation, ces femmes auront les mêmes spécificités que les hommes.
L'enjeu
pour une femme
sportive dans un sport masculin est
double
: être dotée des compétences physiques égale à celles
des hommes, tout en restant féminine. Enfin, la place accordée aux femmes par les hommes
dépendra du regard qu'ils leur portent sur elles et donc du rapport performance sportive/degré de
féminité.
Etat des lieux des freins et des moteurs à la pratique féminine du judo en Franche-Comté
D'une part, l'offre sportive en judo dans la quasi-totalité des clubs ne prend pas en compte
les
contraintes familiales
auxquelles les mères de famille sont confrontées. Les séances de judo ont
généralement lieu le soir, lorsqu'elles "doivent" s'occuper de leurs enfants. Des
manques de moyens
humains
(seuls 20 des 80 enseignants de judo en Franche-Comté travaillent à temps plein) et
matériels
(problèmes de disponibilité des salles accueillant les cours) ne permettent pas de répondre
pleinement aux besoins de ce public. D'autre part, en grandissant, les filles sont confrontées au
manque d'effectif de féminines au sein des clubs, et ce principalement dans les clubs à visée
"compétition" : cette
dimension amicale, du collectif
ne doit pas être négligée car elle est un
moteur à la pratique et à la fidélisation des féminines. Le club doit être perçu comme une famille et
un lieu de retrouvailles de ses amies. Ensuite, les
infrastructures ne sont pas adaptées
dans la
majorité des salles de judo : il n'existe pas de vestiaires pour les femmes, les sanitaires manquent de
propreté, le chauffage fonctionne mal, etc. L'inadaptation de ces locaux pour le public féminin
constitue un véritable frein à la pratique.
Un travail de fond doit également être entrepris :
l'image du judo
est encore trop assimilée à
la violence, à un sport de force, qui blesse et non adapté au public féminin. Puisque ce sont les
adultes qui transmettent aux plus jeunes, c'est auprès d'eux qu'il faut, en priorité, travailler l'image
du judo.
Le judo, réputé pour transmettre des
valeurs éducatives
à ses pratiquants semble ne pas
être en mesure de proposer ce type de contenu auprès d'un public devenu adolescent. Cette
dimension éducative
n'est pas suffisamment exploitée dans les messages publicitaires, voire même
dans les contenus de cours parfois proposés par les enseignants. A ce titre, il semblerait intéressant
de réfléchir à la mise en place de
modules spécifiques
, en formation initiale et à destination des
enseignants, afin de les former à divers publics (féminin, loisir, entrainement, …). Ces formations
viseraient, entre autre, à former les enseignants aux spécificités et caractéristiques du public féminin
et pourraient proposer une nouvelle "progression technique française" basée non plus seulement sur
l'âge, mais qui croiserait l'âge et le public cible.
Divers témoignages ont pu montrer que la
relation enseignant/enseignée
joue un rôle
capital dans l'accès et la fidélisation à la pratique des filles et femmes (respect qu'il leur adresse,
vigilance quant aux débordements dans les comportements des hommes à leur égard) mais aussi que
les besoins changent en fonction de l'âge. En effet, l'aspect éducatif marque les populations âgées de
4 à 11 ans mais ne suffisent plus une fois l'adolescence arrivée : elles demandent davantage de
contenu technique.
La
mixité
est une source de progression pour les féminines : elles sont ponctuelles, pugnaces,
à l'écoute, etc. et gagnent ainsi "leur galon" au sein du club, les faisant avancer plus vite. Mais aussi,
séparer les hommes et les femmes revient à stigmatiser leur niveau de pratique (il serait ainsi
considéré comme inférieur) et à les mettre à l'écart.
La Fédération Française de Judo et Disciplines Associées a récemment
égalisé l'offre sportive
des masculins et des féminines. Nous notons sur le territoire franc-comtois les impacts positifs de ces
remises à niveau : en 2 saisons, les effectifs lors des championnats par équipes ont pratiquement
doublé. De même, elle propose désormais un "passeport famille", permettant aux parents de monter
sur les tatamis et de s'essayer à la pratique. Un club de Haute Saône est ainsi parvenu à créer une
section entièrement composée de féminines, toutes (ou presque) mamans de petits judokas licenciés
au club.
Pour conclure
Favoriser la pratique féminine en judo revient à entreprendre un
travail de fond
: modifier
l'image du judo auprès du grand public et analyser les besoins et attentes du public féminin pour
apporter les réponses adéquates. La ligue de Franche-Comté de Judo, site pilote pour le
développement de la pratique féminine en judo, est en mesure d'aider les clubs à trouver des
solutions adaptées et à les soutenir dans leurs projets.